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  • « Enjeux Géopolitiques Actuels à travers le Prisme des Sciences Psychologiques » : Terrorisme, désillusion civilisationnelle, cycles de violence et traumatismes de guerre, Regard sur les enjeux géopolitiques actuels sous le prisme d’autres sciences
    Vol. 2 No 1 (2026)

       Argumentaire   Il semble que Freud nous avertissait déjà que la technique progresse, mais notre "appareil psychique" reste ancré dans des mécanismes archaïques. La gouvernance des peuples aujourd'hui demande sans doute moins de solutions administratives que de solutions "psychologiques" profondes. L'analyse des enjeux géopolitiques actuels à travers le prisme des sciences psychologiques permet de comprendre que les conflits mondiaux ne sont pas seulement des chocs de puissances, mais des manifestations de structures psychiques collectives. En s'appuyant sur les travaux de Freud et les recherches contemporaines en psychologie politique, nous pouvons structurer cet argumentaire autour de cinq axes majeurs.   La résurgence de la pulsion de mort dans les conflits asymétriques Le concept freudien de pulsion de mort (Thanatos), développé dans Au-delà du principe de plaisir (1920), trouve une résonance particulière dans le terrorisme contemporain. Les recherches en psychologie géopolitique clinique suggèrent que la violence extrême ne vise pas seulement un gain territorial, mais exprime une volonté de déstructuration du cadre civilisationnel perçu comme oppressant ou vide de sens (Lauret, 2019). Dans ce contexte, le terrorisme agit comme un "court-circuit" psychique où l'autodestruction devient un vecteur d'existence identitaire face à un sentiment de néantisation culturelle.   La régression des foules et le narcissisme des petites différences La psychologie des foules (Freud, 1921) explique la polarisation géopolitique actuelle. Sous la pression de l'angoisse sécuritaire, les individus tendent à régresser vers des comportements de masse, s'identifiant de manière absolue à des leaders populistes qui agissent comme un "Idéal du Moi" externe. Ce mécanisme favorise le "narcissisme des petites différences", où des groupes culturellement proches s'affrontent avec une haine disproportionnée pour affirmer une identité menacée. Les algorithmes des réseaux sociaux exacerbent ce phénomène en créant des chambres d'écho qui renforcent l'investissement libinal du groupe au détriment de l'altérité. L'impact des réseaux sociaux en 2026 sur la « Psychologie des foules » se manifeste par une accélération fulgurante de la contagion émotionnelle et une désindividuation numérique accrue. Contrairement aux foules physiques de Freud (1921), la « foule numérique » est permanente et déterritorialisée. Les algorithmes de recommandation, basés sur l'économie de l'attention, agissent comme des catalyseurs du narcissisme des petites différences, en isolant les individus dans des chambres d'écho qui radicalisent les identités groupales. Comme l'ont souligné les travaux de Tashfeen et al. (2023) sur la dynamique des foules virtuelles, l'anonymat relatif et la vitesse de propagation des informations (ou fake news) diminuent les capacités d'inhibition du Moi, favorisant une libération impulsive des pulsions du « Ça », souvent sous forme de cyber-harcèlement ou de polarisation géopolitique extrême. Par ailleurs, le rôle du leader, central dans l'analyse freudienne, est aujourd'hui fragmenté entre des influenceurs d'opinion et des systèmes d'intelligence artificielle qui modèlent un « Idéal du Moi » collectif virtuel. Cette structure crée ce que le psychologue politique Jonathan Haidt (2022) décrit comme une fragmentation de la psyché sociale, où la perte d'un récit commun rend la gouvernance des peuples presque impossible. La foule numérique ne cherche plus la protection d'un chef unique, mais la validation constante par le groupe de ses propres biais cognitifs. Selon les recherches récentes en neurosciences sociales (Cikara & Amodio, 2021). cette dynamique renforce la déshumanisation de l'« exogroupe » (l'ennemi géopolitique ou idéologique), transformant les réseaux sociaux en théâtres de guerre psychologique où l'angoisse de mort est constamment réactivée pour maintenir l'engagement des utilisateurs.   Le traumatisme comme moteur de la répétition géopolitique Les sciences psychologiques soulignent l'importance de la compulsion de répétition dans la persistance des conflits (Sironi, 2007). Les peuples ayant subi des traumatismes historiques non élaborés (colonisation, génocides, humiliations territoriales) tendent à rejouer ces scènes sur la scène internationale. La géopolitique devient alors un théâtre de la "revictimisation" ou de la "revanche traumatique", où les décisions des États sont dictées par une mémoire émotionnelle inconsciente plutôt que par une rationalité diplomatique, rendant la gouvernance des peuples particulièrement instable.   La crise du "Surmoi" global et les défis de gouvernance La gouvernance mondiale traverse une crise du "Surmoi" collectif. Alors que les institutions internationales (ONU, Cour de justice) devaient incarner une autorité morale régulatrice, leur impuissance actuelle libère les pulsions du "Ça" étatique (désir de puissance brut, expansionnisme). Selon les perspectives de la psychologie politique (Jost et al., 2003), ce délitement de l'autorité symbolique mondiale pousse les populations à chercher refuge dans des structures d'autorité locales plus rigides et punitives, alimentant ainsi le retour de régimes autoritaires.     L'angoisse de mort et la gestion de la finitude Enfin, les Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort rappellent que la civilisation repose sur le déni de notre propre finitude (Freud, 1915). Les menaces globales contemporaines (terrorisme nucléaire, crises climatiques) brisent ce déni, plongeant les sociétés dans une angoisse de mort généralisée. Cette angoisse produit soit une inhibition (paralysie politique), soit une hyper-agressivité défensive. La réussite d'une gouvernance moderne dépendra de sa capacité à métaboliser cette angoisse collective sans la transformer en haine de l'autre, en proposant un récit commun qui restaure la fonction protectrice du groupe.   Axes de recherche   Deux axes complexes s'articulent avec nos défis géopolitiques actuels en plus d’un axe libre. Il est fascinant de constater à quel point la pensée de Freud, forgée dans les décombres de la Première Guerre mondiale, résonne avec une précision chirurgicale face aux crises de 2026. En reliant ses Essais de psychanalyse aux enjeux contemporains de terrorisme et de gouvernance, on réalise que nous ne traitons pas seulement de politique, mais de la structure même de la psyché humaine face au chaos.   Axe n°1 : Terrorisme, désillusion civilisationnelle, cycles de violence et traumatismes de guerre À partir des « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort » de Freud (1915), cet axe oriente la réflexion sur :  L’effondrement du vernis civilisé : Freud (1915) y explique que la culture n'a pas supprimé nos pulsions primitives, elle les a simplement refoulées. Le terrorisme moderne illustre ce retour brutal de la pulsion de mort. Le rapport à la mort : Dans nos sociétés occidentales, nous avons longtemps "mis la mort de côté". Les attaques imprévisibles et les conflits asymétriques nous forcent à réintégrer la finitude dans notre quotidien, créant un état d'angoisse permanent que Freud (1915) décrivait déjà comme le prix de la désillusion.   À partir de « Au-delà du principe de plaisir » de Freud (1920), cet axe oriente la réflexion sur :  La Pulsion de Mort (Thánatos) : Ce texte introduit l'idée que l'humain ne cherche pas seulement le plaisir, mais possède une tendance à l'autodestruction. En géopolitique, cela explique les conflits "gelés" qui s'auto-alimentent malgré toute logique économique ou humaine. La compulsion de répétition : Pourquoi les peuples retombent-ils dans la guerre ? Freud (1920) suggère un besoin psychique de rejouer le trauma. C’est la clé pour comprendre les cycles de vengeance dans les régions marquées par des décennies de violences interethniques.   Axe n° 2 : Populisme, radicalisation, défis de gouvernance, crise d'identité et institutions de contrôle.   La « Psychologie des foules et analyse du moi » de Freud (1921) invite à  réfléchir sur:  Le leader providentiel : Freud (1921) analyse comment une foule s'identifie à un chef pour remplacer son propre "Idéal du Moi". C’est le mécanisme exact des mouvements populistes et de la radicalisation en ligne : l'individu abdique sa pensée critique au profit de la survie du groupe. La désindividuation : Dans le contexte du terrorisme ou des émeutes, l'individu se fond dans la masse, ce qui libère des pulsions qu'il n'aurait jamais exprimées seul. La gouvernance moderne échoue souvent parce qu'elle s'adresse à la raison alors que les peuples réagissent par l'affect.   « Le Moi et le Ça » de Freud (1923) oriente à réfléchir sur : Le Surmoi tyrannique : Les régimes autoritaires et les idéologies radicales agissent comme un "Surmoi" extérieur extrêmement punitif. Ils dictent une morale rigide pour canaliser les pulsions du "Ça" (les désirs bruts). Le Moi entre deux feux : Le citoyen moderne est ce "Moi" tiraillé entre ses besoins de sécurité, ses libertés individuelles et les pressions géopolitiques. La crise de gouvernance actuelle est une crise du "Moi" collectif : nous ne savons plus comment arbitrer entre nos désirs de confort et les exigences morales globales.   Axe n° 3 : Regard sur les enjeux géopolitiques actuels sous le prisme d’autres sciences.   Références Cikara, M., & Amodio, D. M. (2021). The social neuroscience of prejudice. Annu. Rev. Psychol. 72,              439–469 Freud, S. (1915-1923). Essais de psychanalyse. Payot. Freud, S. (1915). Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (Traduction de l’Allemand par              le Dr. S. Jankélévitch en 1923 revue par l’auteur). Éditions Payot Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir (Traduction de l’Allemand par le Dr. S. Jankélévitch               en 1920 revue par l’auteur). Éditions Payot Freud, S. (1921). La Psychologie des foules et analyse du moi. Éditions Payot Freud, S. (1923). Le moi et le ça (Traduction de l’Allemand par le Dr. S. Jankélévitch en 1923 revue              par l’auteur). Éditions Payot Haidt, J. (2023, April 17). Why some researchers think I’m wrong about social media and mental illness.              After Babel.  www.afterbabel.com/p/why-some-researchers-think-im-wrong Jost, J. T., Glaser, J., Kruglanski, A. W., & Sulloway, F. J. (2003). Le conservatisme politique               comme motivation de la cognition sociale. Bulletin psychologique, 129(3), 339–375.               https://doi.org/10.1037/0033-2909.129.3.339 Lauret, M. (2019). La pulsion de mort dans le champ du fanatisme idéologique. Frontières. Sironi, F. (2007). Chapitre 8. Fondements de la psychologie géopolitique clinique. Psychopathologie               des violences collectives (p. 197-230). Odile Jacob.  https://shs.cairn.info/psychopathologie-              des-violences-collectives--9782738118882-page-197?lang=fr Tashfeen, R., Saleem, I., Hoque, S. M. S., & Weller, M. (2023). The Interplay of AI Adoption,                IoT Edge, and Adaptive Resilience to Explain Digital Innovation : Evidence from German  Family-Owned SMEs. Journal of Theoretical and Applied Electronic Commerce Research,               18(3), 1419-1430. https://doi.org/10.3390/jtaer18030071        
  • Edition spéciale: Articles du COLLOQUE INTERNATIONAL sur le Thème: "Terrorisme, psychotraumatismes des personnes déplacées internes et remodelage identitaire dans les pays du Sahel"
    Vol. 1 No spécial 1 (2025)

    Les attaques terroristes dans les pays du Sahel, sous les regards perplexes de la communauté régionale et internationale, nous rappellent Edmond Marc (2005) dans son ouvrage Psychologie de l’identité : soi et groupe. Il constate que la question de l’identité tourmente notre époque. Les discours [trans- disciplinaires] sur l’identité décrivent un individu « post-moderne », caractérisé par une quête incessante de soi ; quête ambivalente où l’affirmation identitaire devient à la fois un objectif exaltant et un fardeau accablant... L’individu n’est pas seul à poursuivre cette quête, aussi les groupes sociaux [sont] tendus vers la recherche anxieuse ou la défense de leur identité : communautés ethniques ou régionales Toutes ces manifestations ne sont pas sans lien entre elles. Elles témoignent sans conteste d’une crise qui ébranle les fondements de la socialité à tous les niveaux de l’individu aux institutions et aux sociétés globales.

     

    Et, il continue en ces termes :  l’identité, lorsqu’elle ne se sent pas menacée, n’est l’objet d’aucune interrogation ; elle s’impose avec une évidence tranquille. C’est dans les moments de remise en question, de déni, de rupture, de bouleversement quelle devient problématique. L’incertitude et la fragilisation qui l’affectent sont les symptômes d’un « malaise dans la civilisation » qui mine les modèles, les valeurs, les repères traditionnels et les institutions qui les portent. Le couple, la famille, l’école, le monde du travail, la justice accusent des fissures profondes qui laissent l’individu inquiet et démuni. Les statuts, les rôles et les modèles identificatoires se brouillent si bien que la place de chacun devient floue et changeante. La précarité touche aussi bien la profession, l’emploi que les liens affectifs et familiaux renvoyant l’individu à lui-même et à un sentiment de confusion et d’instabilité. La « lutte des places » (Gaulé-jack, Taboada-Leonetti, 1993) remplace la lutte des classes ; comme si chacun devait combattre sans trêve pour défendre une existence personnelle et sociale toujours incertaine et la faire reconnaître par les autres. La compétition pour l’avoir et le paraître devient le moteur de la vie relationnelle, économique et sociale – du parcours scolaire à la réussite professionnelle ; elle atteint même la sphère amoureuse et sexuelle (Fromm, 1976).  Ainsi la problématique de l’identité apparaît au cœur des mutations psychosociologiques et culturelles que connaît le monde actuel. Comme le psychanalyste Erik Erikson l’annonçait de façon perspicace en 1968 :

    « L’étude de l’identité devient aussi centrale à notre époque que celle de la sexualité à l’époque

    de Freud » (Edmond Marc, 2005., p.19).

     

     

    Cette conviction de Edmond Marc (2005) rappelle les études de nombreux auteurs dans le cadre de la psychologie et de la psychiatrie qui ont établi des liens entre traumatismes, liens affectifs et groupaux. John Bowlby (1969, 1973, 1980), célèbre pour sa théorie de l'attachement, a postulé que les relations précoces avec les figures d'attachement (généralement les parents) sont cruciales pour le développement émotionnel et social ultérieur.  Les traumatismes dans ces relations peuvent avoir des effets durables sur les capacités relationnelles et émotionnelles d'une personne. Mary Ainsworth (1978) a élaboré sur le travail de Bowlby avec ses célèbres études de la "situation étrange", différents styles d'attachement : sécurisé, évitant et ambivalent/anxieux. Ces styles influencent la manière dont les personnes réagissent aux traumatismes et aux dynamiques groupales. Sigmund Freud (1920s-1930s) a introduit les concepts du transfert et du contre-transfert dans les relations thérapeutiques, qui peuvent aussi s'appliquer aux dynamiques groupales et aux relations affectives. Ses travaux montrent que les expériences traumatiques peuvent être répétées et exprimées dans ces dynamiques.  Judith  Herman  (1992),  dans  son

     

    Ouvrage "Trauma and Recovery", explore les effets du traumatisme sur les relations interpersonnelles et souligne l’importance de la sécurité, de la mémoire partagée et de la reconstruction des liens affectifs dans la guérison du traumatisme. Wilfred Bion (1961) a étudié les dynamiques des groupes et a introduit des concepts tels que "l'attaque contre les liens" et les "assumptions groupales" qui éclairent comment les traumatismes peuvent affecter le fonctionnement groupal et les relations au sein du groupe. Pierre Janet (1889) a été l'un des premiers à explorer le traumatisme psychologique et ses effets sur l'individu. Il a noté que le traumatisme peut fragmenter la conscience et affecter les relations interpersonnelles en causant des dissociations et des ruptures dans les liens affectifs.

    Ces auteurs ci-dessus convoqués ont chacun apporté des perspectives uniques sur comment les traumatismes, les relations affectives et les dynamiques de groupe sont interconnectés, affectant profondément le bien-être psychologique et les interactions sociales. Nous entendons dans ce colloque étoffer avec l’actualité du terrorisme au Sahel, la question de l’identité du soi et du groupe qui impose un phénomène de personnes déplacées internes connotant un déplacement psychique et sollicitant un remodelage identitaire.

  • Cultures, Disparus, Pertes et Processus de deuil
    Vol. 1 No 2 (2025)

    Le Journal Africain de Psychologie et de Psychologie Pathologique est une revue de recherche scientifique attachée au Cadre d’Activités d’Urgence Médicopsychologique Posttraumatique Africain (CAUMPA). Ce cadre créé en décembre 2024, a pour but d’améliorer la résilience des populations africaines face aux traumatismes psychologiques liés aux situations de crise, en renforçant les capacités de réponse d’urgence et le suivi à long terme à travers la recherche et l’intervention. Entre autres objectifs spécifiques, le CAUMPA suscite des réflexions sur les questions de traumatisme et encourage les implications de prise en charge psychologique en situation de crise en vue de proposer des solutions adaptées au contexte africain. Dans ce sens, le Journal Africain de Psychologie et de Psychologie Pathologique lance le présent appel à publication.